La maladie du « foie gras », appelée stéatose hépatique, est une atteinte du foie de plus en plus reconnue au cours des dernières années. Il s’agit d’une accumulation de gras dans le foie qui peut s’aggraver et mener à de l’inflammation, à la formation de tissu cicatriciel et, dans les cas plus avancés de la maladie, à une cirrhose du foie. Les facteurs de risque de la stéatose hépatique incluent l’obésité et le diabète de type 2.
On appelle communément cette maladie le « foie gras » parce qu’une quantité excessive de gras s’accumule dans les cellules du foie. Cette accumulation peut être toxique pour les cellules hépatiques et, chez certaines personnes, entraîner progressivement de l’inflammation et des lésions du foie.
Qui peut développer un « foie gras »?
La prévalence de la maladie est d’environ 20% chez les adultes. Chez les personnes qui sont évaluées pour une chirurgie bariatrique, la stéatose hépatique est très fréquente et peut toucher environ 70 à 90 % des patients, selon les populations étudiées et la méthode diagnostique utilisée.
Les personnes vivant avec une obésité et/ou un diabète de type 2 sont donc particulièrement à risque de développer cette maladie. Malgré sa fréquence, la stéatose hépatique demeure souvent silencieuse : une personne peut en être atteinte sans ressentir de symptômes.
Le foie peut augmenter de volume et accumuler du gras ou présenter de l’inflammation sans nécessairement provoquer de douleur ou de malaise. C’est pourquoi la maladie peut passer inaperçue pendant longtemps. De plus, son évolution varie beaucoup d’une personne à l’autre. On ne comprend pas encore complètement pourquoi certaines personnes progressent rapidement vers des formes plus avancées alors que d’autres restent stables.
La stéatose hépatique est donc très fréquente chez les personnes vivant avec une obésité, mais elle peut rester silencieuse pendant longtemps. L’absence de symptômes ne signifie donc pas nécessairement que le foie est en parfaite santé.
Comment peut-on traiter la stéatose hépatique?
Heureusement, les stades précoces de la maladie (avant la cirrhose) sont réversibles. La quantité de gras dans le foie peut diminuer et le foie peut retrouver une apparence et une fonction plus normales avec une prise en charge appropriée.
Le traitement repose principalement sur la perte de poids, l’amélioration de l’alimentation et la prise en charge des facteurs de risque métaboliques. Dans ce contexte, la chirurgie bariatrique peut avoir des effets importants sur la santé du foie. Des études rapportent une résolution de la stéatose chez une grande proportion de patients après la chirurgie, soit environ 88 % dans certaines études. La chirurgie bariatrique est également associée à une diminution de certains risques liés aux maladies du foie, notamment le risque de cancer.
Cependant, la relation entre perte de poids et santé du foie est un peu plus complexe qu’on pourrait le croire. Certaines études rapportent une augmentation de la quantité de gras dans le foie chez une minorité de patients au cours des premiers mois voir premières années suivant la chirurgie. Cette augmentation peut même être observée chez des personnes dont la stéatose n’avait pas été détectée avant l’intervention. Ce phénomène a été rapporté après différents types de chirurgie bariatrique.
Autrement dit, une personne qui ne présentait pas de stéatose détectable avant la chirurgie peut parfois présenter davantage de gras dans son foie pendant la période de perte de poids rapide. Le traitement de la stéatose peut donc, paradoxalement, s’accompagner temporairement d’une augmentation de la graisse hépatique.
On ne connait pas encore la raison qui explique l’apparition de stéatose hépatique après une chirurgie bariatrique. Une hypothèse est que la perte rapide d’une grande quantité de tissu adipeux libère davantage de gras dans la circulation sanguine. Le foie doit alors traiter une quantité importante de ces lipides, ce qui pourrait favoriser leur accumulation dans le foie.
La chirurgie bariatrique entraîne généralement une diminution de la graisse dans le foie à moyen et à long terme. Toutefois, pendant les premiers mois de perte de poids rapide, une augmentation temporaire de la graisse hépatique peut parfois être observée. Ce phénomène est encore à l’étude et ne signifie pas nécessairement que la maladie s’aggrave de façon durable.
Après la chirurgie bariatrique: que faut-il savoir?
Il est important de mettre ces observations en contexte. Les augmentations de la graisse dans le foie décrites dans les études ont surtout été observées relativement tôt après la chirurgie, soit entre 4 et 24 mois suivant l’intervention. Il est donc possible que cette augmentation soit transitoire et que la quantité de gras dans le foie diminue à nouveau avec le temps et la stabilisation du poids.
Surtout, les données actuelles ne suggèrent pas que ce phénomène à court terme annule les bénéfices de la chirurgie bariatrique pour la santé du foie. La stéatose hépatique est très fréquente chez les personnes vivant avec une obésité et constitue une complication importante à surveiller. La chirurgie bariatrique demeure un traitement efficace pour réduire l’accumulation de graisse dans le foie et améliorer plusieurs aspects de la santé métabolique.
Une augmentation potentiellement transitoire de la graisse dans le foie au début de la perte de poids n’est pas la même chose qu’une aggravation durable de la maladie. Des études avec un suivi à plus long terme permettront de mieux comprendre l’évolution de ce phénomène.
À retenir:
Le « foie gras » est très fréquent chez les personnes vivant avec une obésité et peut évoluer silencieusement pendant plusieurs années. La perte de poids, notamment lorsqu’elle est obtenue grâce à une chirurgie bariatrique, permet généralement de réduire la quantité de graisse dans le foie et d’améliorer sa santé.
Paradoxalement, une augmentation de la graisse hépatique peut toutefois être observée chez certaines personnes au cours des premiers mois suivant la chirurgie. Ce phénomène pourrait être lié à la perte de poids rapide et est possiblement transitoire. Il reste encore beaucoup à apprendre sur son évolution à long terme.
La bonne nouvelle est donc que la santé du foie fait généralement partie des aspects qui s’améliorent avec la perte de poids, même si son évolution peut être temporairement plus complexe au début.

Eve-Julie Tremblay a réalisé son baccalauréat et sa maitrise en kinésiologie à l’Université Laval. Elle est récemment docteure en nutrition, et a maintenant rejoint l’équipe du Dr Sylvain Iceta comme coordinatrice de recherche à l’Institut de Cardiologique et de Pneumologie de Québec. Au cours de son parcours académique, Eve-Julie s’est intéressée à l’effet de la chirurgie bariatrique sur différents organes, comme le foie, le tissu adipeux, et le sang. Ces travaux portent notamment sur l’étude des mécanismes biologiques à l’origine de l’obésité, ainsi qu’aux facteurs qui contribuent aux variations de perte de poids et d’amélioration de l’état de santé après une intervention chirurgicale. Elle continue toujours d’exercer sa passion pour la recherche en obésité dans le nouveau projet « Be Ready »; un projet coconstruit par Christian Roberge qui vise à élaborer une plateforme pancanadienne sur la préparation à la chirurgie bariatrique.