Chirurgie bariatrique, activité physique et dépassement de soi – Mini Compostelle Mégantic

Équipe, Témoignages
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Du 28 au 31 mai dernier, Christian et moi avons relevé un défi qui nous faisait rêver depuis plusieurs mois : le Mini Compostelle Mégantic – Chemin des 4 monts. Au total : 89,5 km de marche répartis sur 4 jours, avec 1135 mètres de dénivelé positif.

Dans notre tête, nous avions imaginé un parcours relativement plat, composé principalement de chemins de campagne tranquilles, d’agrotourisme et de petits villages sympathiques.

Dans la réalité?

Le mot « vallonné » a pris une toute nouvelle signification.

Une boucle de quatre jours

Nous avions stationné notre véhicule à Val-Racine avant le départ. L’un des aspects pratiques du parcours est qu’il s’agit d’une boucle : quatre jours plus tard, nous étions de retour exactement au même endroit.

Notre itinéraire se divisait ainsi :

• Jour 1 : Val-Racine à Scotstown (environ 22 km)
• Jour 2 : Scotstown à La Patrie (environ 24 km)
• Jour 3 : La Patrie à Notre-Dame-des-Bois (environ 32 km)
• Jour 4 : Notre-Dame-des-Bois à Val-Racine (environ 12 km)

Nous étions accompagnés d’une amie ainsi que de notre fidèle compagnon à quatre pattes, Fenrir.

D’ailleurs, Fenrir semble avoir particulièrement apprécié l’aventure puisqu’il s’est fait un ami. Un petit bambie qu’il a trouvé sur le bord d’une forêt. Nous ne savons toujours pas lequel des deux était le plus intrigué par l’autre, mais leur rencontre fut éphémère pour éviter de nuire au petit. Une photo et nous étions repartis.

Une préparation qui a commencé bien avant le premier kilomètre

Même si la randonnée n’a duré que quatre jours, sa préparation s’est étalée sur plusieurs mois. Nous avons multiplié les sorties de marche, parfois avec du poids dans nos sacs à dos afin de reproduire les conditions réelles. Le Pilates a également fait partie de notre préparation afin de développer notre endurance musculaire et notre stabilité.

Christian et moi avons aussi consulté à plusieurs reprises en physiothérapie. L’objectif n’était pas seulement de traiter certains bobos déjà présents, mais aussi de prévenir des blessures potentielles. Étant donné sa chirurgie bariatrique de type SADI-S ainsi que ses antécédents de calculs rénaux, Christian a également rencontré une nutritionniste experte en nutrition sportive.

Pourquoi consulter une nutritionniste alors qu’il vit avec une nutritionniste en chirurgie bariatrique? Parce que je ne suis pas experte en nutrition sportive. Mais surtout parce que je ne suis pas sa thérapeute (Laurence et Sara-Julie sont excellentes dans notre équipe, mais encore là, étant donné la relation d’amitié créée, ce n’est pas idéal).

Bien sûr, je le soutiens. Nous discutons régulièrement d’alimentation. Mais lorsqu’il est question de comportements alimentaires, de relation avec la nourriture ou d’objectifs spécifiques, avoir accès à un professionnel qualifié, neutre et extérieur à la dynamique de couple peut faire une énorme différence.

Pour cette randonnée, Christian devait viser un minimum de 360 grammes de glucides par jour afin de soutenir l’effort physique. C’est un excellent rappel qu’en nutrition, les besoins varient énormément selon le contexte et que connaître ses besoins réels peut éviter bien des chutes d’énergie, particulièrement en contexte sportif, mais aussi dans le quotidien. Rappel : les glucides ne sont pas nos ennemis.

Tout notre nécessaire sur le dos

Nous portions chacun notre sac à dos contenant le strict nécessaire pour quatre jours, incluant toute nourriture pour un total d’un peu plus de 20 lb. Les repas principaux étaient principalement composés de repas lyophilisés que nous réchauffions sur un petit réchaud. Notre amie, qui vit avec plusieurs intolérances alimentaires, avait même préparé elle-même ses propres repas déshydratés. Une organisation impressionnante.

Les collations occupaient également une place importante dans notre planification. Oui, il y avait des options protéinées, mais la priorité demeurait l’apport en glucides afin de maintenir notre niveau d’énergie.

Dans nos sacs, on retrouvait notamment :

• des anneaux aux pêches, des serpentins, de la réglisse;
• des mangues séchées, des pommes déshydratées, des dattes;
• du smoothies en poudre;
• des barres Cliff;
• des électrolytes;
• du jerky de dinde.

Bref, tout ce qu’il faut pour alimenter un groupe de marcheurs légèrement fatigués.

Côté hydratation, nous partions chaque matin avec environ 2 litres d’eau dans nos poches d’hydratation et nous transportions également des gourdes avec système de filtration au besoin.

Dormir, récupérer… et se faire transporter

Notre première nuit s’est déroulée dans un gîte de type Bed & Breakfast qui permettait l’accueil de chiens. Toutefois, la quantité de bibelots nous a vite suggéré de rester dans nos chambres, ce qui était de toute façon très bénéfique, étant donné le besoin de repos.

Les deux nuits suivantes ont été passées au même chalet écologique. Grâce à l’incroyable générosité du propriétaire, Camille, nous avons pu être reconduits à la fin de notre deuxième journée puis ramenés exactement au même endroit le lendemain matin. Cette logistique nous a permis d’éviter de transporter davantage de matériel tout en profitant d’un hébergement confortable. L’accès à un BBQ a rendu notre souper de la journée 3 presque divin : des côtes levées précuites achetées le soir même.

La découverte… et une petite déception gourmande

J’aime marcher.

J’aime manger.

Et j’adore découvrir des produits locaux.

J’espérais donc retrouver un peu d’agrotourisme tout au long du parcours. Malheureusement, cet aspect a été pratiquement absent de notre expérience. Pendant les quatre jours, nous n’avons pas traversé de villages et aucun commerce ne se trouvait directement sur le trajet. Les épiceries étaient accessibles uniquement au départ ou à l’arrivée de chaque journée.

Oui, la boucherie de notre première soirée proposait plusieurs produits intéressants. Mais j’aurais adoré croiser un petit kiosque de légumes, une ferme, une boulangerie artisanale ou un café indépendant. Un simple café indépendant plutôt qu’un café de dépanneur aurait probablement suffi à mon bonheur.

Heureusement, nous avions prévu le coup. Nous avions acheté une petite machine à café portative ultralégère parce que, soyons honnêtes, le café représente un niveau de réconfort difficilement négociable dans ma vie.

Les courbatures du premier soir

À la fin de la première journée, tout allait relativement bien. Puis nous nous sommes assis.

C’est exactement à ce moment que les premières courbatures ont décidé de se présenter officiellement. Les étirements, le repos, le souper et une bonne nuit de sommeil sont rapidement devenus des priorités.

Le corps humain est fascinant. Le lendemain matin, après un excellent déjeuner préparé par un hôte enthousiaste, nous étions prêts à repartir. Les mollets étaient remplis de doutes. Mais le désir de poursuivre l’aventure était encore plus fort.

Un pas à la fois, nous avons complété la deuxième journée.

La troisième journée : celle où j’ai presque abandonné

La troisième journée était la plus longue du parcours, en temps et en distance.

Après environ 21 kilomètres, je n’avais plus beaucoup de plaisir. Mes pieds me faisaient souffrir malgré l’absence complète d’ampoules. Mes jambes étaient lourdes.

Parmi les autres facteurs de difficulté, il était parfois difficile d’entrer dans une démarche plus contemplative ou de « pèlerinage », puisque plusieurs sections empruntent des routes où les voitures circulent à près de 100 km/h tout près des marcheurs. Il y a même un tronçon d’environ 10 km sur un chemin de gravier près d’une carrière, avec beaucoup de camions lourds, de poussière qui remonte et de circulation. Mon énergie mentale diminuait rapidement.

Nous avons donc pris une pause dîner un peu plus longue que prévu. Initialement, nous voulions manger près d’une cascade. Les moustiques avaient toutefois des projets différents. Nous nous sommes donc installés sur le bord de la route.

J’ai surélevé mes jambes.

J’ai fermé les yeux. J’ai chialé… un peu.

J’ai essayé de récupérer un peu.

Christian m’a alors proposé de porter mon sac jusqu’au sommet du prochain vallon. J’ai refusé. Puis j’ai accepté. Parce que je savais très bien que le poids du sac influençait directement mes douleurs aux pieds.

Et c’est là que j’ai repensé à toutes ces fois où j’entends :

« J’ai juste perdu 20 livres. »

Juste? JUSTE?!?

Je vais toujours accueillir avec bienveillance ce que cette perte représente pour la personne devant moi. Mais je peux aussi vous dire une chose : porter 20 livres de moins

sur son corps, ça fait une différence énorme.

Après ce premier vallon, l’espoir est revenu.

Christian a continué à porter mon sac dans les montées tandis que je le reprenais dans les descentes puisque son genou ne pouvait pas supporter le poids de deux sacs en permanence. Nous avons trouvé une façon de nous adapter plutôt que d’abandonner. Et parfois, c’est exactement ça le dépassement de soi.

Le dépassement de soi… et le respect de ses limites

Lorsqu’on parle d’activité physique, on glorifie souvent la performance. Pourtant, cette aventure nous a surtout appris l’importance d’écouter nos besoins. Christian est particulièrement fier de sa gestion de l’hydratation, de l’alimentation et de sa médication.

Pas parfaite, mais suffisamment bonne.

Et c’est souvent ce qui compte réellement. Le dépassement de soi n’est pas nécessairement de pousser toujours plus loin. Parfois, c’est plutôt de reconnaître ce dont notre corps a besoin pour continuer d’avancer.

Parlons toilettes

Il faut absolument parler du plus grand défaut du parcours.

Les toilettes.

Ou plutôt l’absence de toilettes.

En quatre jours, nous avons croisé exactement quatre toilettes sèches.

Quatre.

Comme nous ne traversions pratiquement aucun village, les options étaient extrêmement limitées. Pourtant, bien gérer son hydratation implique nécessairement de boire régulièrement. Et qui dit boire régulièrement dit aussi uriner régulièrement. Comble du synchronisme : j’avais mes règles pendant toute l’aventure. Déjà qu’il existe une certaine injustice entre les hommes et les femmes (je vous épargne le graphique) lorsqu’il faut uriner en forêt, la gestion de l’hygiène menstruelle ajoute une couche supplémentaire de complexité.

En consultation, je parle souvent d’injustice métabolique lorsqu’il est question de poids. Cette fois-ci, l’injustice des sexes était beaucoup plus simple :

essayer de maintenir un squat après avoir marché plus de 30 kilomètres lorsqu’on est une femme.

Ce n’est pas un sport olympique. Mais ça pourrait le devenir.

Pendant ce temps, Christian, qui connaît maintenant très bien les réactions de son système digestif depuis sa chirurgie bariatrique de 2022, avait tout de même prévu un boxer supplémentaire « au cas où ». La prévention avant tout.

Quoiqu’il vous dira probablement que c’est moi qui ai vécu la plus grande urgence de la randonnée. À la fin de la troisième journée, j’ai enfin aperçu une toilette sèche près d’un terrain de baseball. J’ai accéléré le pas. Enfin… accéléré selon les standards d’une personne qui vient de marcher plus de 30 kilomètres durant la journée.

L’histoire raconte que la porte refusait de fermer.

J’ai alors crié à Christian de trouver une solution immédiatement. Parce qu’il était clairement trop tard pour arrêter la « démarche » en cours. Un grand moment. Probablement pas mon plus élégant. Mais assurément mémorable.

Nous avons terminé à quatre… ou presque à cinq

Impossible de terminer cet article sans parler de l’immense ampoule développée par notre amie. Immense. Le genre d’ampoule qui mérite presque son propre prénom. La guérison est toujours en cours, mais porter des souliers fermés est toujours impossible.

Heureusement, malgré les douleurs et les ajustements nécessaires, nous avons tous franchi la ligne d’arrivée.

Ce que nous ferions différemment

Notre principal apprentissage concerne l’heure des départs.

Lors d’une prochaine aventure, nous miserons davantage sur des départs très tôt le matin afin de profiter de l’énergie disponible en début de journée, réduire l’épuisement de l’après-midi et diminuer les risques de terminer certaines portions en soirée.

Un pas à la fois

Depuis notre retour, plusieurs personnes nous ont demandé comment s’était déroulée cette aventure. Mais il y a une chose importante que nous souhaitons rappeler. Tout commence par un premier pas.

En 2021, Christian était cloué au lit à la suite d’hernies discales. Il était partiellement paralysé et devait se déplacer avec une canne. Passer de quelques mètres à près de 100 kilomètres en quatre jours ne se fait pas du jour au lendemain.

Cela passe par des centaines de petits pas.

Des décisions répétées.

Des essais.

Des erreurs.

De la patience.

Et beaucoup de persévérance.

Cela dit, faire une randonnée de près de 90 kilomètres n’a pas à être votre objectif. Faire un triathlon non plus. Votre objectif peut simplement être de profiter pleinement de votre vie et de votre corps tel qu’il est aujourd’hui.

Et si votre projet consiste à aller marcher plusieurs kilomètres à Disney et que vous cherchez de la compagnie… Je suis disponible. Je dis ça, je dis rien.

La suite

Savez-vous quoi?

Pour nous, ce n’est pas terminé. Nous préparons déjà de nouveaux projets. De nouveaux objectifs. Nous ne savons pas encore si nous réussirons.

Mais ce n’est pas vraiment ça l’important.

L’important, c’est de conserver cette petite flamme qui nous pousse à continuer d’avancer.

Un pas à la fois.

Et toi, quel sera ton prochain pas?

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