Si vous avez déjà envisagé une chirurgie bariatrique ou si vous y avez déjà eu recours, vous avez probablement entendu des phrases comme : « Il a réussi sa chirurgie » ou, à l’inverse, « sa chirurgie bariatrique est un échec, elle a repris du poids. »
Mais peut-on réellement parler de réussite ou d’échec lorsqu’il est question d’une chirurgie bariatrique?
La réponse est beaucoup plus nuancée.
Contrairement à ce que l’on entend parfois, une chirurgie bariatrique n’est ni un examen à réussir, ni une course vers un chiffre précis sur la balance. Il s’agit plutôt d’un outil puissant qui peut favoriser une amélioration de la santé et de la qualité de vie, à condition d’être accompagné d’habitudes adaptées et d’un suivi à long terme.
Alors, comment réussir sa chirurgie bariatrique? Voici les éléments qui, selon les connaissances scientifiques et l’expérience clinique, contribuent le plus à un parcours durable.
Il n’existe pas une seule définition de la réussite
Avant de parler de réussite, il faut d’abord se demander : qu’est-ce que cela signifie?
Pour certaines personnes, réussir leur chirurgie bariatrique signifie perdre beaucoup de poids. Pour d’autres, il s’agit surtout de contrôler un diabète, de diminuer des douleurs articulaires, de retrouver une meilleure mobilité, d’améliorer leur fertilité ou simplement de retrouver l’énergie nécessaire pour jouer avec leurs enfants.
Certains aspects sont parfois étudiés en recherche comme l’amélioration des maladies associées à l’obésité, l’état nutritionnel, la qualité de vie, le bien-être psychologique et la capacité à maintenir des habitudes favorables à la santé, mais l’importance de ces différents éléments peut varier selon notre contexte de vie, nos valeurs et nos priorités.
Autrement dit, la réussite ne se résume pas au poids, ni à la perte de poids. Elle est propre à chaque personne et peut évoluer au fil des années.
La chirurgie bariatrique est un outil, pas une solution magique
L’une des plus grandes idées reçues est de croire que la chirurgie fait tout le travail.
En réalité, la chirurgie modifie la physiologie du système digestif et peut faciliter certains changements, notamment en diminuant la faim et en augmentant le rassasiement. Cependant, elle ne remplace pas les habitudes de vie, les apprentissages ni l’accompagnement professionnel.
C’est pourquoi deux personnes ayant eu recours exactement à la même intervention peuvent vivre des parcours complètement différents.
La chirurgie bariatrique ouvre une porte, offre une opportunité, mais c’est ce qui se passe après l’opération qui influence les résultats à long terme.
Miser sur l’amélioration plutôt que sur la perfection
Les parcours les plus durables reposent sur des habitudes réalistes et répétées dans le temps.
Parmi celles-ci, on retrouve notamment :
- consommer suffisamment de protéines afin de préserver la masse musculaire;
- demeurer actif selon ses capacités, soit être actif sans nécessairement être sportif;
- prendre sa supplémentation en vitamines et minéraux de façon régulière;
- respecter les recommandations alimentaires adaptées à son intervention;
- maintenir une bonne hydratation, en limitant sa consommation d’alcool;
- adresser sa relation avec la nourriture et recadrer la grossophobie internalisée;
- développer des stratégies d’apaisement autres que de manger ses émotions;
- optimiser votre sommeil et votre gestion du stress;
- consulter son équipe de soins régulièrement et non pas uniquement lorsque des difficultés apparaissent.

Aucune de ces habitudes n’a besoin d’être appliquée parfaitement tous les jours. Ce qui compte réellement, c’est la constance à long terme. Et de continuer d’avancer, un pas à la fois vers un équilibre, son équilibre.
Préserver sa masse musculaire : un facteur souvent sous-estimé
Après une chirurgie bariatrique, la perte de poids s’accompagne inévitablement d’une certaine perte de masse musculaire.
C’est pourquoi les apports en protéines, combinés à des exercices de renforcement musculaire, occupent une place importante dans le suivi nutritionnel.
Préserver sa masse musculaire ne sert pas uniquement à maintenir sa force. Cela contribue également au maintien de l’autonomie, à la santé des os, au métabolisme et à la capacité d’effectuer les activités du quotidien. Préserver sa masse musculaire après une chirurgie bariatrique, c’est aussi limiter le regain de poids dans les années qui suivent l’intervention.
Autrement dit, réussir sa Sleeve, son bypass, sa DBP ou sa SADI, ce n’est pas seulement perdre du poids : c’est aussi préserver ce qui permet au corps de bien fonctionner.
Le suivi médical, le suivi nutritionnel et le suivi psychosocial font toute la différence
Certaines personnes cessent leurs suivis quelques mois après leur chirurgie parce qu’elles ont l’impression que tout va bien. D’autres, ont malheureusement peu de services offerts via leur centre hospitalier.
Pourtant, plusieurs carences nutritionnelles peuvent s’installer progressivement sans provoquer de symptômes immédiats. D’autres difficultés, comme les intolérances alimentaires incluant le dumping syndrome (syndrome de chasse), les hypoglycémies postprandiales, les plateaux de perte de poids ou la reprise de poids, peuvent également apparaître plusieurs années après l’intervention. Certaines personnes verront leur relation à la nourriture s’améliorer et d’autres vivront au contraire une détresse face aux choix alimentaires et avec leur image de soi.

Les suivis permettent justement d’intervenir avant que les problèmes ou les complications deviennent plus importants. Il n’est jamais trop tôt, ni trop tard pour venir chercher de l’accompagnement et du support après une chirurgie bariatrique.
Demander de l’aide ne signifie pas que la chirurgie fonctionne moins bien. Au contraire, c’est souvent une façon de maximiser ses bénéfices à long terme.
Les obstacles font partie du parcours
La vie ne s’arrête pas après une chirurgie bariatrique. Après tout, il s’agit d’une seule décision dans une vie entière.
Une grossesse, une blessure, la ménopause, un deuil, une période de stress intense, certains médicaments ou encore des difficultés financières peuvent tous influencer les habitudes alimentaires, la capacité à prendre soin de soi et le poids.
Encore là, ces situations ne signifient pas que la chirurgie est un échec.
Les personnes qui obtiennent de bons résultats à long terme ne sont pas celles qui ne rencontrent jamais de difficultés. Ce sont souvent celles qui réussissent à s’adapter lorsque la vie devient plus complexe.
Accepter que le parcours comporte des hauts et des bas permet de développer une relation plus saine avec ses objectifs et d’éviter le découragement. Faire de son mieux n’est pas toujours égal d’une journée à l’autre.
La reprise de poids n’est pas automatiquement un échec
Il s’agit probablement de l’un des sujets les plus sensibles en chirurgie bariatrique.
Oui, une certaine reprise de poids peut survenir au fil des années. D’ailleurs, les études montrent qu’il s’agit d’une évolution attendue chez la majorité des personnes. Et non, ce n’est pas parce qu’elles ont étiré leur bébé-estomac.
Cela ne signifie pas que la chirurgie a échoué. Ni que la personne est un échec!
Avant de tirer des conclusions, il est important de comprendre ce qui explique cette reprise. Les causes sont souvent multiples : changements hormonaux, diminution de l’activité physique, perte de masse musculaire, difficultés psychologiques, médicaments, comportements alimentaires ou évolution normale du fonctionnement de l’organisme. Le corps s’adapte, et des solutions sont possibles.
L’objectif n’est donc pas de se blâmer, mais de comprendre sa situation afin de déterminer les interventions les plus appropriées. La honte et la culpabilité ne sont pas des alliées en santé.
Alors, comment réussir sa chirurgie bariatrique?
S’il fallait résumer en une seule idée, ce serait celle-ci : réussir sa chirurgie bariatrique ne signifie pas être parfait, mais persévérer malgré les imprévus. C’est aussi s’arrêter pour apprécier tout le chemin parcouru.
La chirurgie est un outil extrêmement efficace, mais ce sont les habitudes développées au fil des années, le soutien reçu, la capacité d’adaptation et la bienveillance envers soi-même qui permettent d’en retirer tous les bénéfices.
Plutôt que de mesurer votre réussite uniquement par le chiffre affiché sur la balance, demandez-vous aussi :
- Est-ce que je prends soin de ma santé autant physique que mentale?
- Est-ce que mes habitudes me permettent de me sentir mieux?
- Est-ce que j’ai retrouvé une meilleure qualité de vie?
- Est-ce que je sais demander de l’aide lorsque j’en ai besoin?
Parce qu’au final, réussir une chirurgie bariatrique, c’est construire un équilibre durable qui favorise votre santé… bien au-delà du poids.
Il est grand temps de changer le discours et de passer du paradigme de la perte de poids à tout prix vers gagner la santé.
Si vous ressentez le besoin d’être accompagné, notre équipe de professionnelles de la santé est là pour vous supporter, peu importe à quand remonte votre chirurgie bariatrique ou si elle n’est pas encore faite.