Créatine après une chirurgie bariatrique : faut-il s’y intéresser?

Chirurgie bariatrique, Nutrition
créatine et chirurgie bariatrique

Si vous avez récemment consulté des contenus sur la nutrition ou l’entraînement, vous avez probablement remarqué que la créatine est partout.

Certains la présentent comme un supplément presque indispensable. D’autres continuent de l’associer aux culturistes ou aux sportifs de haut niveau. D’autres vous diront que c’est complètement inutile. Entre ces différents discours, il peut être difficile de savoir quoi penser.

En consultation, la question revient de plus en plus souvent.

« Est-ce que je devrais prendre de la créatine après ma chirurgie bariatrique? »

Et c’est une excellente question.

Non pas parce qu’il existe une réponse simple, mais justement parce que la science n’en a pas encore une.

À première vue, la créatine semble avoir tout pour intéresser les personnes ayant eu recours à une chirurgie bariatrique. Après tout, l’un des principaux défis après une perte de poids importante est de préserver la masse musculaire. Plusieurs études montrent que la créatine peut améliorer la capacité à s’entraîner, favoriser les gains de force et soutenir le maintien de la masse musculaire lorsqu’elle est combinée à un entraînement en résistance. Aussi à noter, de plus en plus d’études portent maintenant aussi sur la préservation de la masse osseuse et la prévention des troubles cognitifs. L’ajout de créatine pourrait donc présenter des avantages très pertinents!

Alors, pourquoi ne la recommande-t-on pas systématiquement?

Parce qu’en nutrition, une hypothèse prometteuse n’est pas une recommandation.

Avant qu’un supplément fasse partie des recommandations officielles, il faut démontrer non seulement qu’il fonctionne dans certaines conditions, mais aussi qu’il apporte un bénéfice réel chez la population concernée. Dans le cas de la chirurgie bariatrique, les études demeurent encore peu nombreuses et plusieurs questions restent sans réponse.

Cet article n’a donc pas pour objectif de vous convaincre de prendre de la créatine… ni de vous en décourager.

Son objectif est plutôt de vous aider à comprendre où en est réellement la science, ce que l’on sait avec un bon niveau de confiance, ce qui demeure prometteur et, surtout, ce que l’on ignore encore.

Parce qu’en nutrition, les meilleures décisions sont rarement celles qui reposent sur des certitudes absolues. Elles reposent plutôt sur une bonne compréhension des données disponibles… et de leurs limites.

La créatine : un supplément souvent mal compris

La créatine souffre probablement d’un problème d’image.

Pendant longtemps, elle a été associée au monde du culturisme, laissant croire qu’il s’agissait d’un supplément réservé aux personnes souhaitant développer une musculature impressionnante.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

La créatine est une molécule que notre organisme fabrique naturellement chaque jour, principalement dans le foie et les reins. Elle est également consommée via certains aliments, comme la viande rouge et les poissons. Son rôle de façon simplifier : fournir rapidement de l’énergie aux cellules qui en ont le plus besoin, particulièrement les cellules musculaires, mais aussi certaines cellules du cerveau.

Autrement dit, la créatine n’est pas un produit étranger à votre organisme. Ce qui change avec la supplémentation, c’est la quantité disponible dans l’organisme. Cette distinction est importante, puisqu’elle permet de mieux comprendre pourquoi les chercheurs s’y intéressent autant depuis plusieurs décennies.

La vraie question n’est donc pas : « Est-ce que la créatine fonctionne? »

Sur plusieurs aspects, la réponse est déjà largement documentée.

La question est plutôt :

« Chez quelles personnes les bénéfices sont-ils suffisamment importants pour justifier une supplémentation? »

Et, pour les personnes ayant eu une chirurgie bariatrique, cette question demeure encore ouverte.

Pourquoi parle-t-on autant de préserver la masse musculaire après une chirurgie bariatrique?

Lorsque l’on pense aux effets d’une chirurgie bariatrique, on pense spontanément à la perte de poids.

Pourtant, cette perte ne concerne pas uniquement la masse grasse.

Au cours des premiers mois suivant l’intervention, une partie de la perte de poids provient également de la masse musculaire. Il s’agit d’un phénomène attendu, qui s’explique notamment par la diminution rapide des apports énergétiques, les changements hormonaux et la perte de poids elle-même.

Cette réalité est importante, car les muscles jouent un rôle qui dépasse largement la force physique.

Ils contribuent à maintenir le métabolisme, facilitent les activités du quotidien, soutiennent la santé osseuse, favorisent l’équilibre , contribuent au format corporel et participent au maintien de l’autonomie à long terme.

C’est pourquoi, après une chirurgie bariatrique, préserver sa masse musculaire devient un objectif aussi important que perdre de la masse grasse.

Pour y parvenir, trois stratégies possèdent actuellement les données scientifiques les plus solides :

  • consommer suffisamment de protéines;
  • pratiquer un entraînement en résistance de façon régulière;
  • corriger les carences nutritionnelles pouvant limiter les adaptations à l’entraînement.

La créatine s’ajoute aujourd’hui à cette réflexion.

Non pas parce qu’elle remplace ces trois piliers, elle ne le fait pas, mais parce qu’elle pourrait, dans certaines situations, les compléter. Et c’est précisément ce « pourrait » qui mérite que l’on s’y attarde.

En pratique, que faut-il retenir?

Si vous retenez une seule chose de cet article, c’est peut-être celle-ci : la créatine est un supplément prometteur, mais elle ne constitue pas, à l’heure actuelle, une recommandation de routine après une chirurgie bariatrique. Si seulement préserver sa masse musculaire était aussi simple que d’ajouter une cuillère de poudre dans son shaker… malheureusement, nos muscles sont un peu plus exigeants que ça.

Sur le plan de la sécurité, la créatine monohydrate est généralement considérée comme sécuritaire chez les adultes en bonne santé lorsqu’elle est utilisée aux doses étudiées. Il s’agit d’ailleurs de la forme de créatine qui possède le plus haut niveau de preuve scientifique.

Les doses utilisées dans les études varient selon les objectifs et les protocoles de recherche. Chez la population générale, une dose quotidienne de 3 à 5 g est la plus souvent étudiée, alors que certaines recherches utilisent des doses plus élevées (pouvant aller jusqu’à 20 g par jour). À retenir, plus n’est pas nécessairement mieux.
À ce jour, il n’existe toutefois aucune recommandation officielle concernant l’utilisation de la créatine après une chirurgie bariatrique, ce qui explique pourquoi la prudence demeure de mise.

Il est également important de savoir que la créatine peut entraîner une légère augmentation du poids sur la balance au cours des premières semaines. Cette variation peut être liée à une augmentation de la quantité d’eau à l’intérieur des cellules musculaires et ne correspond pas à un gain de masse grasse. Malgré tout, ce changement peut être déstabilisant pour certaines personnes ayant un historique de préoccupations importantes en lien avec leur poids.

Qui devrait faire preuve d’une prudence particulière?

Même si la créatine présente un bon profil d’innocuité, elle n’est pas nécessairement appropriée pour tout le monde sans évaluation préalable.

Il est préférable d’en discuter avec votre médecin ou votre nutritionniste si :

  • vous souffrez d’une maladie rénale connue ou d’une diminution importante de votre fonction rénale;
  • vous présentez une condition médicale nécessitant un suivi étroit de votre fonction rénale;
  • vous prenez des médicaments pouvant affecter les reins;
  • vous êtes enceinte ou allaitez, puisque les données scientifiques sont particulièrement limitées dans ces situations;
  • vous vivez des complications importantes liées à votre chirurgie bariatrique qui rendent vos apports alimentaires ou votre état nutritionnel instables.

Enfin, il est important de rappeler que la créatine ne remplacera jamais les bases d’une bonne récupération après une chirurgie bariatrique : un apport suffisant en protéines, une alimentation adaptée à vos besoins, une supplémentation vitaminique adéquate et un entraînement en résistance lorsque celui-ci est possible.

La créatine peut représenter un outil intéressant pour certaines personnes… mais elle ne constitue pas une solution miracle.

Si vous vous demandez si ce supplément pourrait être pertinent dans votre situation, la meilleure réponse dépendra toujours de vos objectifs, de votre niveau d’entraînement, de votre état de santé et de votre réalité. C’est exactement le type de réflexion que nous prenons le temps d’avoir en consultation afin de déterminer ce qui est réellement approprié pour vous, à la lumière des meilleures données scientifiques disponibles.

La nutrition est rarement une question de « bon » ou de « mauvais » supplément. C’est plutôt une question de contexte. Et en contexte de chirurgie bariatrique, chaque parcours est différent.

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