Food noise : pourquoi la nourriture occupe-t-elle autant de place dans votre tête?

Chirurgie bariatrique, Nutrition, Psychosocial
Food noise

Dans le premier article de cette série, nous avons mis des mots sur une expérience encore parfois peu connue : le food noise. Ces pensées persistantes autour de la nourriture qui reviennent sans cesse. Cette conversation intérieure qui peut commencer au réveil et continuer jusqu’au coucher. Cette impression que votre cerveau parle/hurle à propos de la nourriture même lorsque vous aimeriez penser à autre chose.

Mais une question demeure : Pourquoi cela arrive-t-il? Et surtout, est-il possible de diminuer ce bruit?

Food noise : faim, envie ou quelque chose de différent?

Avant d’aller plus loin, il est important de rappeler une distinction. Avoir faim est un signal physiologique. Avoir envie d’un aliment peut être une expérience tout à fait normale. Penser à ce que vous allez manger au prochain repas est également normal.
Le food noise va plus loin. Il concerne des pensées persistantes, répétitives et souvent indésirables qui peuvent prendre beaucoup d’espace mental et devenir source de détresse.
Et cette distinction est importante, particulièrement lorsqu’on essaie de comprendre pourquoi certaines stratégies alimentaires semblent fonctionner pour un temps… puis deviennent extrêmement difficiles à maintenir.

Pourquoi est-ce que je pense autant à la nourriture?

Il n’existe pas encore de réponse unique à cette question. Le food noise est un concept récent et la recherche tente toujours de comprendre ses causes et ses mécanismes. Ce que nous savons, c’est que les comportements alimentaires ne dépendent pas uniquement de la volonté.

La faim, le rassasiement, la satiété, les hormones, les émotions, le sommeil, l’environnement alimentaire, les habitudes, l’histoire alimentaire, notre exposition à la culture des diètes et les pensées peuvent tous influencer notre relation avec la nourriture. Et ce n’est même pas une liste exhaustive!

C’est pourquoi deux personnes qui vivent théoriquement exactement la même situation peuvent avoir des expériences complètement différentes. Pour certaines personnes, la nourriture occupe naturellement peu d’espace mental. Pour d’autres, elle peut devenir une véritable conversation permanente. Et plus cette conversation est présente, plus elle peut devenir épuisante. Et ce constat, nous pouvons l’entendre en consultation individuelle : « je suis épuisé de penser constamment à la nourriture, je n’en peux plus! »

Pourquoi parle-t-on autant du food noise avec l’arrivée des médicaments GLP-1?

Le terme food noise a notamment gagné en popularité avec les traitements pharmacologiques de l’obésité, dont les agonistes des récepteurs du GLP-1 (Ozempic, Wegovy, etc.). Certaines personnes rapportent qu’après avoir commencé un traitement, elles constatent une diminution de leur faim et de leurs envies alimentaires, mais aussi quelque chose de plus difficile à expliquer : elles pensent beaucoup moins à la nourriture.

« Avant, je pensais constamment à ce que j’allais manger. Maintenant, je peux simplement manger et passer à autre chose. »

La personne n’a pas nécessairement perdu tout intérêt pour la nourriture. Elle peut encore avoir faim. Elle peut encore apprécier un bon repas. Elle peut encore avoir envie de certains aliments. Mais la nourriture ne semble plus occuper autant d’espace dans sa tête. Un certain silence temporaire s’installe. Un calme.
Pour quelqu’un qui a vécu pendant des années avec cette charge mentale, cette différence peut être immense. Mais attention aux raccourcis!

Cela ne signifie pas que le food noise est uniquement un phénomène hormonal. Cela ne signifie pas non plus qu’un médicament est nécessairement la solution pour toute personne qui vit cette expérience. La recherche sur le food noise est encore jeune et plusieurs questions demeurent : pourquoi certaines personnes le vivent-elles davantage? Quels mécanismes sont impliqués? Quel rôle jouent les traitements? Et surtout, comment peut-on évaluer et prendre en charge cette expérience de façon appropriée?
Nous avons encore beaucoup à apprendre.

Et si vous avez eu recours à une chirurgie bariatrique, est-ce que le food noise diminue?

La question est particulièrement pertinente après une chirurgie bariatrique. La chirurgie bariatrique peut modifier plusieurs mécanismes qui influencent la faim, le rassasiement, la satiété et le comportement alimentaire. Pourtant, elle ne fait pas nécessairement disparaître toutes les pensées concernant la nourriture.

Vous pouvez avoir eu recours à une chirurgie, manger de petites quantités et ressentir un bon rassasiement physique… tout en continuant à vivre une relation conflictuelle avec les aliments et avec votre corps. Ce que votre bébé-estomac vous dit et ce que votre tête vous dit ne sont pas toujours la même chose.

Vous pouvez ne plus avoir faim et continuer à penser à manger.
Vous pouvez être rassasié, mais ressentir une forte envie de manger, un peu comme un deuil de l’abondance.
Vous pouvez savoir exactement ce qui serait recommandé sur le plan nutritionnel et malgré tout avoir énormément de difficulté à mettre ces recommandations en pratique.

Ce n’est pas nécessairement un problème de connaissances. Mais avant même d’explorer la présence de food noise, il peut être important de regarder les croyances et les règles alimentaires qui influencent votre façon de manger. Si vous vous posez régulièrement la question « Est-ce que j’ai le droit de manger ça depuis ma chirurgie bariatrique? », cela peut être le signe qu’un accompagnement pourrait vous faire du bien.

Quand la nourriture devient une charge mentale

Imaginez votre journée avec une conversation alimentaire qui roule en arrière-plan, comme un onglet d’ordinateur qui joue de la musique pendant que vous tentez de travailler. Vous entendez la musique contre votre gré, et vous êtes incapable de fermer l’application.

Le matin : « Qu’est-ce que je vais manger aujourd’hui? »
Au travail : « Qu’est-ce que je vais manger au dîner? Et ce soir? »
À l’épicerie : « Je pourrais acheter ça… mais je ne devrais probablement pas. »
Le soir : « Je n’ai plus faim, mais j’ai envie de quelque chose. »
Puis vient la négociation :
« Juste un morceau. » « Juste une poignée. »
« Non, je ne devrais pas. »
« Mais si je n’en mange pas, je vais y penser toute la soirée. »
« Je n’ai presque pas manger aujourd’hui, c’est correct… en plus il y a des protéines et des fibres. »

Même lorsqu’il ne se passe rien autour de vous, votre cerveau peut continuer à discuter. C’est cette charge mentale qui peut devenir épuisante. Et lorsqu’elle s’accompagne de culpabilité, de règles alimentaires rigides ou de peur de reprendre du poids, le rapport à la nourriture peut devenir encore plus complexe.

Alors, que peut-on faire si l’on pense vivre du food noise?

C’est probablement la question la plus importante. Et la réponse n’est pas : « penser moins à la nourriture ». Parce que demander à quelqu’un de ne plus penser à quelque chose fonctionne rarement. Essayez de ne pas penser à un brocoli mauve. Vous y pensez probablement déjà.

Avec le food noise, l’objectif n’est donc pas simplement de lutter contre les pensées. Il faut plutôt essayer de comprendre pourquoi elles sont aussi présentes et ce qui les entretient.

  • Est-ce la faim physiologique?
  • Une restriction alimentaire?
  • La peur de reprendre du poids?
  • Des règles très/trop rigides?
  • Une alimentation insuffisante ou mal structurée dans la journée?
  • Des commentaires reçus de l’entourage ou encore de son équipe médicale?
  • Un environnement constamment stimulant?
  • Une émotion?
  • Une combinaison de plusieurs facteurs?

C’est là que l’accompagnement peut devenir particulièrement pertinent. Parfois, l’utilisation de certains médicaments à court ou à long terme peut apporter le soulagement nécessaire, et l’espace requis pour aller explorer ce qui se cache sous ces pensées envahissantes. Mais un médicament seul, sans une approche thérapeutique en parallèle, risque malheureusement d’uniquement mettre un pansement sur une problématique bien plus grande.

Comprendre avant de vouloir contrôler

Lorsque la nourriture occupe énormément d’espace mental, la première réaction est souvent de vouloir reprendre le contrôle. On ajoute des règles. On retire des aliments. On recommence à compter et à faire un journal alimentaire précis. On se promet d’être plus discipliné. Et parfois, cela fonctionne… pendant un certain temps. Mais si les mêmes pensées reviennent constamment, ajouter encore plus de contrôle n’est pas nécessairement la réponse. Il peut être beaucoup plus utile de prendre un pas de recul et de chercher à comprendre ce qui se passe réellement.

Parce que derrière une pensée comme : « Je ne devrais vraiment pas manger ça. » il peut y avoir beaucoup plus qu’une simple envie alimentaire.
Et derrière : « Je pense constamment à manger. » il y a une histoire qui mérite d’être entendue. Mettre des mots sur le food noise, c’est déjà changer la conversation. Et parfois, c’est exactement là que commence une relation plus apaisée, plus sereine avec la nourriture.

Vous vous êtes reconnu dans ce texte?

Si le food noise, la charge mentale autour de la nourriture ou les pensées incessantes concernant l’alimentation font partie de votre quotidien, vous n’avez pas à essayer de comprendre tout cela seul.

Chez Parlons Bariatrique, nous vous accompagnons en tenant compte de votre réalité, de votre santé physique, de votre santé psychologique et de votre histoire avec la nourriture. Parce que vous n’avez pas besoin d’un énième plan pour entrainer un déficit énergétique et couper vos calories.
Vous avez besoin d’une approche qui cherche à comprendre ce qui se passe réellement.

Partager

Ces articles pourraient aussi vous intéresser

Témoignage : mon parcours après une chirurgie bariatrique

Par Chantal Lafrenière S’informer avant de prendre une décision Ayant eu moi…

Témoignage, chirurgie bariatrique, parlons bariatrique

Food noise : quand les pensées à propos de la nourriture prennent trop de place

Vous pensez à la nourriture. Puis vous essayez de ne pas y…

Pourquoi consulter une nutritionniste en chirurgie bariatrique? Bien plus qu’un simple plan alimentaire

Préparer sa chirurgie, comprendre ses nouveaux besoins nutritionnels, prévenir les carences, gérer…

Nutritionniste en chirurgie bariatrique